Les croix de marinier et les custodes

L’émission proposée, « Croix de marinier et custodes« , objets visibles au musée, a été diffusée le dimanche 11 février 2018.

Ci-dessous, la (seule) croix de cabine de bateau du Rhône, du XVIIIe siècle, que l’on peut voir au musée
L’originalité de cette sculpture tient à la présence des instruments de la Passion sur le bois de la croix ou ou accrochés tout autour.
L’objet cassé au sommet de la croix pourrait figurer une barque, ce qui permet d’interpréter l’œuvre en tant que croix de marinier.

Croix de marinier. H = 48 cm L : 26,5 cm

Croix de mariniers du Rhône (seconde moitié du 18e siècle) – restauration 2015 –
Suite à une enquête approfondie, cette croix peut être rattachée aux croix de la vallée septentrionale du Rhône ; elle est, par sa taille, caractéristique des « croix de cabine » (hauteur, 40 à 60cms), alors que les croix dites « d’équipage » mesurent 1m.à 1,50 m.
Elles développent une iconographie immuable inspirée de la spiritualité tridentine. La dévotion du siècle apparaît dans la représentation des deux récollets (très présents dans la vallée du Rhône) agenouillés au pied de la croix et tenant dans leurs mains jointes leur croix pattée rouge.
Elles affichent une fonction processionnelle  marquée par les 4 pique-cierges et les 4 clochettes sur la barre transversale. Dans la même logique devaient figurer une lanterne pendante à chaque extrémité du croisillon qui ont disparu.
Remarquez  au dessus du crucifié la colombe du St Esprit et plus haut l’ange (qui a perdu ses ailes) sonnant la fin des temps, tous deux suspendus à des potences.
Remarquez aussi la signature des mariniers : au dessus du coq, un bateau du Rhône dont la proue est relevée, et en bas de la croix, une futaille cerclée.
Les Arma Christi évoquent le cycle narratif de la Passion :
– de gauche à droite : la main (le soufflet = outrages), le calice, les tenailles, le marteau, l’aiguière (le vinaigre), la lanterne (arrestation de Jésus), les fouets de flagellation suspendus , le soleil et la lune qui s’assombrissent.
– de haut en bas : le coq (reniement de St Pierre), la pancarte, le cœur percé (= souffrances), la tunique sans couture (jouée aux dés par les soldats), la bourse de Judas et les pièces qui en tombent, le « lieu du crâne » (Golgotha) et sur le socle, l’échelle et la colonne de flagellation.
– encadrant le Christ : encore deux fouets, un roseau-sceptre de dérision, l’épée de St Pierre dont il s’est servi pour trancher l’oreille du serviteur du grand prêtre , deux lances dont l’une porte l’éponge.
Les recherches n’ont pas permis de localiser le ou les ateliers qui ont confectionné ces croix dans la vallée du Rhône ; elles écartent cependant l’hypothèse qu’elles soient le fait du marinier lui même.
Ces croix furent engendrées par la dévotion du siècle qui croisait le besoin de protection du marinier en proie au danger d’un fleuve non canalisé .

Pierre Thierry
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Vidéo découverte ( 1 minute) commentée par Jean-Paul Sauvage, ancien conservateur du Musée d’Art religieux de Blois.
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